Loisirs indoor : le jeu devient de plus en plus expérientiel


Premier constat : les grands classiques sont loin d’avoir disparu. Bien au contraire.

Le mini-golf en est probablement l’un des meilleurs exemples. Le principe reste extrêmement simple et identifiable, mais il est aujourd’hui revisité à travers la scénographie, la thématisation, les effets lumineux, le storytelling ou encore la dimension sociale.

C’est un enseignement intéressant : l’innovation dans les loisirs ne consiste pas nécessairement à inventer une nouvelle activité.

Elle peut aussi consister à prendre une activité connue et à la transformer en véritable expérience.

Le mini-golf n’est donc plus seulement un parcours de 18 trous. Il peut devenir un univers, un lieu de rendez-vous, une activité familiale ou une expérience sociale.

Cette logique semble appelée à se développer dans les loisirs indoor : plutôt que de multiplier les activités, les opérateurs cherchent davantage à créer des expériences différenciantes.

Les arcades restent présentes, mais sans véritable rupture


Autre constat : les jeux d’arcade occupent toujours une place importante dans les concepts indoor. Le nombre de fournisseurs présents à ce salon semble d’ailleurs confirmer que le marché reste dynamique.

En revanche, je n’ai pas observé de rupture majeure dans cette catégorie.

Les machines restent un élément important de l’offre, mais elles semblent davantage constituer une composante d’un lieu de loisirs qu’être, à elles seules, le moteur de l’innovation.

Et c’est peut-être là que se situe une évolution importante du marché.

Le consommateur ne recherche plus nécessairement une accumulation de machines. Il recherche une expérience globale, portée par un concept, une ambiance et différentes activités.

L’action gaming prend de l’ampleur


C’est probablement l’un des signaux les plus intéressants observés à Londres : la montée en puissance de l’action gaming.

Le jeu devient physique. On court, on bouge, on vise, on coopère, on se confronte. On se rapproche finalement d’un croisement entre jeu vidéo, sport, compétition et expérience immersive.

Cette évolution répond à plusieurs attentes contemporaines : le besoin de vivre une expérience plutôt que simplement de consommer une activité, la recherche de partage entre amis ou en famille, et la possibilité de générer des expériences facilement racontables et partageables sur les réseaux sociaux.

L’IAAPA elle-même consacrait cette année une partie de sa programmation à la montée du « competitive socialising », présenté comme l’un des mouvements structurants du secteur du location-based entertainment.

Le jeu n’est donc plus seulement quelque chose que l’on regarde ou auquel on joue assis. Il devient quelque chose que l’on vit physiquement.

Les kids parks changent eux aussi de philosophie


Autre évolution particulièrement intéressante : celle des plaines de jeux indoor.

Le modèle traditionnel reposait jusqu’alors largement sur une logique de structure de jeu : grimper, ramper, glisser, sauter.

Les nouveaux concepts semblent davantage vouloir faire de l’enfant un véritable acteur du jeu. Le parcours n’est plus uniquement un équipement à traverser. Il devient un terrain d’action.

Cette évolution rapproche progressivement les kids parks de l’univers du gaming : il faut faire quelque chose, atteindre un objectif, relever un défi, interagir avec son environnement ou avec les autres.

C’est une transformation importante, car elle peut permettre d’augmenter l’engagement et surtout de renouveler davantage l’expérience.

La fin progressive du complexe multi-activité traditionnel ?


C’est probablement l’un des enseignements que je retiens le plus fortement de ce salon.

Pendant longtemps, le complexe de loisirs indoor reposait sur une combinaison assez classique :

Bowling + karting + laser game + arcade + restauration.

Ce modèle a largement contribué à structurer le marché français.

Mais les nouveaux projets semblent aujourd’hui regarder ailleurs. Les concepts émergents s’intéressent davantage au mini-golf nouvelle génération, à l’action gaming, au competitive socialising, aux expériences immersives ou à des activités hybrides mêlant jeu, sport et technologie.

Cela ne signifie évidemment pas que le bowling, le karting ou le laser game vont disparaître. Mais leur statut évolue. Ils ne sont plus nécessairement le point de départ du concept.

Le marché semble ainsi passer d’une logique de catalogue d’activités à une logique de conception d’expériences.

Pourquoi cette évolution est-elle importante en France ?


Le marché français des loisirs indoor s’est considérablement développé ces dernières années.

Selon le premier observatoire économique présenté par le SPACE, le secteur regroupe désormais un écosystème très diversifié : trampolines, escape games, escalade, réalité virtuelle et complexes multi-activités notamment.

Le marché a également attiré des investisseurs et de nouveaux opérateurs, avec des concepts de plus en plus structurés.

Mais cette professionnalisation entraîne mécaniquement une nouvelle question :

Comment continuer à créer de la nouveauté lorsque tout le monde propose déjà plusieurs activités sous un même toit ?

La réponse pourrait justement être dans l’expérience. Le prochain avantage concurrentiel ne sera peut-être pas d’avoir cinq, six ou dix activités.

Il sera de proposer une expérience suffisamment différenciante pour donner envie de venir, de revenir et d’en parler.

Loisirs outdoor : des évolutions plus progressives


Mon sentiment sur l’outdoor est beaucoup plus conservateur.

Je n’ai pas observé de transformation aussi radicale dans l’univers des fournisseurs de manèges et des structures de jeux extérieurs. Les fondamentaux restent solides.

Mais cela ne signifie pas que le marché outdoor ne bouge pas. La transformation semble se situer ailleurs : dans la nature même des destinations.

Vers des destinations de loisirs de plus en plus hybrides


Une tendance me paraît particulièrement intéressante : la volonté de faire cohabiter plusieurs univers de loisirs sur un même site.

On peut imaginer demain :

  • des parcs animaliers qui développent une véritable offre d’attractions ;
  • des parcs aquatiques qui intègrent davantage d’attractions et d’expériences ;
  • des parcs d’attractions qui développent des espaces aquatiques ;
  • des destinations touristiques qui associent hébergement, restauration, nature, attractions et activités.

Cette logique répond à un enjeu très concret : faire rester le visiteur plus longtemps et augmenter la valeur de chaque visite.

Le développement de l’hébergement, de la restauration, de la thématisation et de l’événementialisation est d’ailleurs déjà visible chez plusieurs acteurs du marché français.

L’attraction n’est donc plus forcément la destination. Elle devient une composante d’une destination de loisirs plus globale.

IAAPA Londres 2026 : deux marchés, deux temporalités


Au final, c’est probablement ce contraste qui m’a le plus marqué à Londres.

Indoor : la recherche de rupture

L’indoor semble entrer dans une nouvelle phase.

Après une période de développement fondée sur la multiplication des activités, le marché cherche désormais :

  • de nouveaux formats ;
  • de nouvelles expériences ;
  • davantage d’interactivité ;
  • davantage de mouvement ;
  • plus de dimension sociale ;
  • plus de scénarisation ;
  • et surtout de nouvelles raisons de revenir.

Outdoor : la recherche de complémentarité

L’outdoor paraît beaucoup plus ancré dans ses fondamentaux.

L’innovation se situe moins dans la révolution des attractions que dans la construction de destinations toujours plus complètes.

Plus d’expériences. Plus de services. Plus de thématisation. Plus de durée de séjour.

Et demain ?


Si je devais résumer ce que je retiens de l’IAAPA Londres 2026 en une phrase, ce serait celle-ci :

Le futur du loisir ne sera peut-être pas défini par une activité nouvelle, mais par la manière de combiner jeu, expérience, socialisation et destination.

Pour l’indoor, le mouvement est déjà très visible : le visiteur devient acteur. Il ne vient plus simplement faire du bowling, jouer à une arcade ou utiliser une structure de jeu. Il vient vivre quelque chose.

Pour l’outdoor, le mouvement est différent : les attractions restent au cœur du modèle, mais elles s’intègrent progressivement dans des destinations plus diversifiées.

Et c’est probablement là que se situe le prochain enjeu pour les opérateurs français : ne plus seulement se demander quelle activité installer, mais quelle expérience construire et quelle destination créer.

L’IAAPA Londres 2026 ne nous a donc pas donné le sentiment d’assister à une révolution de l’ensemble du marché. Elle nous a plutôt montré quelque chose de plus intéressant :

Deux marchés qui avancent à des vitesses différentes, mais vers une même destination : faire du loisir une expérience toujours plus immersive, sociale et mémorable.